L’apprentissage va-t-il s’effondrer sous nos yeux ?
- Julien DAUZATS

- 1 janv.
- 2 min de lecture
Par Julien DAUZATS, CEO ALTERNJOB

L’apprentissage, pilier de l’insertion professionnelle des jeunes
L’apprentissage s’est imposé comme l’un des principaux leviers d’insertion professionnelle des jeunes en France. Aujourd’hui, 1 jeune sur 3 accède à l’emploi grâce à l’alternance, et le nombre d’apprentis a doublé en moins de dix ans.
Pourtant, depuis quelques mois, les signaux d’alerte se multiplient : inquiétude des familles, doutes des entreprises, alertes des CFA. Une question centrale émerge : l’apprentissage est-il en danger ?
Un manque de vision politique pointé du doigt
Pour éclairer ce basculement, nous avons interrogé Pascal Picault, fondateur de CADOFA, ancien directeur de CFA pendant plus de 20 ans et ex-président de la Fédération nationale des directeurs de CFA.
Son diagnostic est sans détour :
« On manque de vision. On pilote à vue. Et l’apprentissage risque de s’effondrer. »
Baisse des financements : un séisme pour l’alternance
Le budget 2025 de France Compétences acte une baisse d’un milliard d’euros, suivie d’une réduction annoncée de 30 % des aides à l’embauche en 2026 (source Centre Inffo).
Conséquences directes :
fragilisation des CFA
incertitude pour les employeurs
recul potentiel du recours à l’apprentissage
CFA : des fermetures massives en perspective
Selon Pascal Picault, 20 % des CFA français pourraient disparaître. Sur le terrain :
plans de sauvegarde de l’emploi,
tensions de trésorerie liées à la proratisation des aides,
réduction de l’accompagnement humain
« L’apprentissage ne peut pas devenir une formation low cost. »
Jeunes et familles : une orientation de plus en plus floue
La remise en cause du modèle affecte directement les jeunes :
orientation incertaine dès la 3ᵉ,
accès réduit aux formations,
risque accru de décrochage et de hausse des NEETs.
L’alternance, autrefois synonyme de sécurité et de lisibilité, perd en attractivité faute de stabilité.
Entreprises : diversité et compétences en danger
L’apprentissage jouait un rôle clé dans :
la diversité sociale,
le financement des études,
le renouvellement des compétences.
Fragiliser ce levier, c’est aussi affaiblir l’égalité des chances sur le marché de l’emploi.
IA et apprentissage : un enjeu humain avant tout
L’intelligence artificielle transforme les pratiques pédagogiques. Pour Pascal Picault, elle doit rester un outil d’aide, pas de substitution :
« L’IA doit aider à penser, pas remplacer la pensée. »
L’enjeu est clair : utiliser le gain de temps pour développer l’intelligence humaine.
À quoi devrait ressembler l’apprentissage en 2030 ?
Parmi les pistes évoquées :
une régulation par la qualité (évolution de Qualiopi),
une politique publique stable et lisible,
la reconnaissance de l’apprentissage comme véritable voie éducative,
la création d’un ministère dédié.
Conclusion : un débat de société
L’apprentissage a permis à des centaines de milliers de jeunes d’accéder à l’autonomie et à l’emploi. Aujourd’hui, ce modèle vacille.
Ce n’est pas un débat budgétaire, mais un choix de société :
👉 veut-on un modèle d’avenir ou une alternance au rabais ?
Et vous, pensez-vous que l’apprentissage est en danger… ou à l’aube d’une réinvention nécessaire ?

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